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Plaisir d’écrire : les mots du confinement

En ces jours de confinement, de doute, d’espoir, d’amour, l’écriture nous offre un formidable exutoire.
Je vous propose d’écrire de petits textes (entre 5 et 20 lignes), en prose ou en vers, en français ou en wallon.

Envoyez-les à bXJvYmVydEBnZXJwaW5uZXMuYmU=. Nous les publierons ci-dessous

L'échevin de la culture
Michel Robert

 

Illusions Perdues
 

J'ôte le diadème de mes rêves les plus fous
Je suis enfin moi-même. Je n'ai plus besoin de tout
Ce défilé de perles. Ma galerie de portraits
Au loin de moi déferle, fuit mes humeurs à jamais
En une valse lente file entre mes doigts niais
L'intimité galante de tous ceux que j'admirais

Mille feux mille lueurs, aucun éclat ne demeure

Les Einstein et Père Teilhard sont morts avant que je naisse
Mais est-il jamais trop tard pour arpenter dans l'ivresse
Le chemin de leurs pensées, au-dessus de la mêlée?
Brusquement je suis tombée par ma folie éreintée
Les Breton et les Piccard, Romy et Marie Curie
Ont fendu l'air comme Icare. Leur tombe n'est plus ma vie

Mille feux mille lueurs, aucun éclat ne demeure

                                                        Brigitte Michaux

 

L'aïeul isolé

 

Dans sa chambre, l’aïeul isolé du monde extérieur se désespère
Hormis des fantômes masqués s'affairant ci et là,
il ne voit plus personne
Les seuls contacts avec son corps sont gainés de latex, aseptisés
Les voix qui s'adressent à lui sont diffuses, déformées, étrangères
Il voit par contre dans les yeux des blouses bleues qui l'observent,
de la pitié, de la peur

Il appréhende le sort de ses compagnons d'infortune, où sont-ils ?
Il savait déjà que sa vie ne tenait plus qu'à un fil
mais il s'en accommodait
Corona ou pas, la grande faucheuse serait de toute façon
passée par là
Il n'en a pas vraiment peur de ce fléau, non, ce qui l'effraie,
c'est de mourir seul

Partir sans la présence de ses proches, le déprime
En leurs présences, il savait que la vie continuait
et il s'en réjouissait
Dans les sourires ou espiègleries de ceux-ci il se revoyait jeune,
fringant, aimant, virevoltant...
Il se remémorait les bons moments de sa vie
et profitait de ces instants privilégiés

Aujourd'hui, il est seul dans son mouroir,
il ne les reverra peut-être plus ses descendants
Alors, il pleure sur son infortune, sa solitude sur la dureté de la vie
Il n'a plus envie de lutter et n'espère qu'une chose,
rejoindre ceux qui l'ont précédé dans une autre vie

                                                                          Jean Renson

 

24 octobre 2040.

 

Le soleil pénètre dans ma chambre, c’est l’été indien,
j’ai 20 ans aujourd’hui !

Du bruit dans la cuisine, mes parents préparent une fête pour moi,
je vais faire une promenade .Au détour d’un sentier rolendien,
à côté d’une chapelle,un drôle de caillou attire mon attention :
en son centre, incrustées très profondément,des reliques ; je lis :
« fragments de la couronne de Corona Virus,
né sous X en décembre 2019,Wuhan(Chine),
date de décès inconnue ».

Sous les reliques, un texte à télécharger, je me connecte via ma 9G,
je découvre : «Je m’appelle Corona, je suis hyperactif depuis ma naissance
et je transmets ,à une allure exponentionnelle,
à ceux qui s’approchent de moi, au travers de goutelettes,
un virus pervers, voire mortel.
J’ai beaucoup de colère en moi, je décide de parcourir le monde,
afin de me venger de l’abandon dont j’ai fait l’objet :
Wuhan d’abord…,Inde ( trop de monde, je reviendrai !),
Afrique (pas de masques, ils ne savent pas ce qui les attend !) ;
cap sur le vieux continent, puis le nouveau,
on verra ensuite pour l’Amérique du Sud.

Pas mal : les plus âgés sont presque éliminés,
les fragiles aussi,les intrépides sont touchés
et je guette les confinés, qui dérogent au règlement :
restez chez vous, bon sang !

Je suis un peu fatigué, je suis arrivé dans un bel endroit,
Gerpinnes dirait-on…au loin, une silhouette,
presque transparente, une voix :
« bonjour Corona ! » (elle me connaît, t’es qui toi ?)

« je suis Rolende, je suis intouchable » ( Cause toujours !)

« je voudrais t’aider à réfléchir : tu parcours le monde,
brisant des cœurs et des vies,
les hôpitaux sont remplis de gens malades ,
par ta vanité et ta haine …et tu cherches toujours tes parents !

Pars, je t’en conjure, sur la pointe des pieds,
dans une autre galaxie et laisse le monde respirer,
revivre et aimer… »

Bigre, quelle histoire pour mon anniversaire !
Bravo à mes parents, qui ont tenu tête à ce Corona,
en se confinant et en portant un masque à l’extérieur,
ils en parlent encore…
et je pense à toutes les personnes qui n’ont pas eu cette chance.

La vie est belle aujourd’hui.

                                                          Marie-Christine Solowij

 

 

Pardon ma vie


Six semaines sans affronter la fureur
Bon sang mais qu'il est dur ce labeur!
Six semaines d'isolement, six semaines sans embrasser mes aimés.
Mais aussi six semaines sans travailler.
Pardon ma vie, j'avais oublié que tu n'es pas ce que j'en ai fait.
Me lever tôt, courir, m'habiller, courir, déjeûner, courir,
rouler, courir, travailler, courir, rentrer, courir, souper, courir, télé, courir
dormir, courir, m'epuiser, courir, et, un mauvais jour... mourir!
Pardon ma vie,
Pendant six semaines, je t'ai retrouvée, je me suis retrouvé.
Comme tu es belle, ma vie!
Merci ma vie pour ce temps passé confiné avec mon être aimé.
Nous étions unis, nous serons renforcés.
Merci de m'avoir permis d'observer la nature qui s'éveille,
Voir un bourgeon de marronier qui éclate, ouvrant tout grands ses bras
au soleil qui l'appelle. J'avais oublié.
Observer le va-et-vient d'une mésange qui bâtit son nid, reconnaître
son pépiement strident. J'avais oublié.
Pédaler et sentir le vent caresser mes cheveux désordonnés. J'avais oublié.
Glisser dans les bras tendus de Morphée et me laisser aller.
J'avais oublié.
Non, ma vie ne s'est pas arrêtée, elle m'a repris, m'a relancé.
Je me sens plus léger, comme régénéré.
Merci ma vie, tu m'as recadré.

                                                                    Olivier Douchamps
 

Alors

 

Alors que le ciel dévoile son bleu sans contrainte
Alors que le soleil offre sa douce chaleur
Alors que la famille est réunie
Alors que des vies sont sauvées
Alors que je voyage au travers des fenêtres du monde entier
Alors que l’essentiel m’apparaît
Alors que notre mère la terre respire à nouveau
Alors que la solidarité se dévoile dans tant de petits gestes
Alors que le changement s’opère en moi
Que restera-t-il ?
Que restera-t-il ?
Que restera-t-il ?

                                                                                                  Julie Gueli

 

LA MER ET UN GALET

 

Il faisait beau.
Le soleil brillait.
Une petite fille construisait un château de sable près de la mer.
Le soleil a caressé son dos et la brise a joué parmi ses cheveux blonds.
Bêchant le sable, ses petits doigts se sont heurtés contre un galet.
Elle l’a tiré. Elle l’a bien regardé.
Cette ressource naturelle était noire et froide et sa surface était glissante et douce.
L’enfant l’a retourné, retourné dans ses mains et l’a jeté dans la mer.
Un petit bruit s’est fait entendre : « pof ».
Le galet ne lui avait pas plu parce qu’il était froid.
Elle ressentait le même froid, quand ses parents se disputaient.
Non, la petite n’avait pas besoin d’un tel jouet, et même s’il était doux…

Vykinta Saulyté-Bukauskaité